Plein de finesse, d’élégance et de délicatesse, THORNAPPLE montre aussi tout de son côté piquant via sa musique, unique en son genre. Le quatuor, véritable ovni de la scène musicale coréenne, a accepté de répondre à nos questions pour vous faire découvrir son art !

THORNAPPLE a vu le jour en 2009, comment vous êtes-vous rencontrés, et comment l’aventure a-t-elle commencé ?
Yoon Sunghyun : Le groupe a commencé avec moi, et le guitariste de l’époque. À ce moment, il ne s’appelait pas « THORNAPPLE » comme aujourd’hui, mais « Gasi-Sagwa », qui signifie « pomme épineuse » en coréen. Sim Jaehyun, qui communiquait beaucoup avec nous par internet, nous a finalement rejoint car on avait besoin d’un bassiste. Alors que nous étions en pleine préparation de notre démo, le guitariste a décidé de quitter le groupe. Il a été remplacé par Oh Jungmin, et le batteur Bang Joseph est arrivé dans la foulée. Tous deux avaient auditionné pour participer à notre premier album. Et le dernier arrivé, c’est Hong Dongkyun en 2016, qui nous a rejoint à la guitare suite au départ de plusieurs de ses prédécesseurs. Et tout ça nous mène à notre formation actuelle.
Cela fait dix ans cette année que vous avez sorti votre premier album I Often Stammer and Forget the Way to Sleep. Quelle expérience tirez-vous de ces années de carrière ?
Yoon Sunghyun : Quand j’ai écris les premières chansons de THORNAPPLE, je ne pensais pas que quiconque les écouterait. J’étais simplement focalisé sur le fait d’évacuer mes émotions, de faire le vide. Mais pendant dix ans, j’ai fini par découvrir que certaines personnes se projettent dans nos morceaux et y trouvent même un peu de réconfort. Ça me donne l’impression que quelqu’un suit mon monologue intérieur, et j’en suis vraiment reconnaissant.
Sim Jaehyun : Le temps passe si vite. En y repensant, j’ai l’impression qu’on a travaillé sans relâche, sans jamais prendre de pause, mais tous les moments passés ensemble sont précieux. Chaque année, au fur et à mesure que le temps passe, je suis plein de gratitude à chaque fois que je réalise que le groupe existe toujours.
Bang Joseph : J’aimerais remercier les personnes qui nous soutiennent pour tout ce qui nous est arrivé en dix ans. J’ai beaucoup appris, à chaque instant.
Vous êtes en dehors des sentiers battus avec votre musique, cette différence vis-à-vis du reste de l’industrie musicale est-elle intentionnelle ?
Yoon Sunghyun : Nous sommes plusieurs milliards sur cette planète, et je pense qu’il y a autant de moyens de s’exprimer que de personnes sur Terre. La plupart des gens considèrent que la qualité numéro un d’un créateur, c’est l’originalité. Mais si on essaie de se forcer à changer pour quelqu’un, on n’obtient jamais de bons résultats. De toute façon, tous les artistes sont redevables envers les autres.
Sim Jaehyun : Je pense qu’on se concentre tout simplement sur ce qu’on sait faire, plutôt que d’essayer d’être différents. Qu’on aime ou pas, c’est notre identité.
Bang Joseph : Pour moi, marquer une différence n’est pas intentionnel, j’essaie juste d’exprimer mes émotions et de faire au mieux dans THORNAPPLE.

Comment décrieriez-vous l’évolution des sonorités de THORNAPPLE depuis les débuts ?
Yoon Sunghyun : Même si on met toujours les mêmes sentiments dans notre musique, on peut changer la manière dont on le fait. On exprime ce qu’on peut, ce qu’on veut, et maintenant on se débrouille bien. Je pense que ce sont avant tout nos efforts qui ont été incorporés à notre musique au fil du temps.
Hong Dongkyun : Avant, on s’exprimait de manière assez brute, mais maintenant on arrive à apporter de vraies nuances.
Sim Jaehyun : À mesure qu’on crée de la musique, on communique plus facilement et on met plus d’empathie dans les messages qu’on délivre. Mais la manière dont on joue colle toujours à qui nous étions au début de notre carrière.
Bang Joseph : L’évolution et le changement, ce sont deux piliers fondateur de la musique de THORNAPPLE.

La scène de Hongdae se fait une place auprès du public étranger qui aime la K-Music, en est-elle devenue plus compétitive ?
Hong Dongkyun : Je ne l’ai jamais vue comme une compétition. Au final, l’attention du public est portée sur quelques personnes seulement. Je pense qu’il y a une bonne symbiose entre le public et les artistes.
Sim Jaehyun : En réalité, quand je vois les commentaires de personnes étrangères sur YouTube, je me dis que pas mal de gens venant d’autres pays nous écoutent aussi, même si on ne le ressent pas vraiment.
Votre troisième album Enlightenment est sorti il y a déjà un an, pouvez-vous nous le présenter ?
Yoon Sunghyun : Son titre signifie « illumination » mais paradoxalement, c’est l’occulte qui est au cœur de son concept. Il relate une situation dans laquelle une personne est obligée de s’en remettre à la superstition et à l’irrationnel pour réaliser ses souhaits, ou pour échapper à ses peurs. Il parle aussi de l’absence d’échappatoire. Au final, cet album est une illumination totalitaire, violente et pleine de désir.
February, tirée de cet album, semble avoir attiré l’attention, en quoi est-elle spéciale ? Est-ce aussi votre préférée de l’album ?
Yoon Sunghyun : Je trouve que cette chanson exprime à merveille les contradictions. Aussi, le mois de février est ambigu par sa longueur, et j’adore cet aspect. C’est difficile de classer les chansons que j’ai faites, mais si je devais n’en choisir qu’une seule, ce serait Black Star.
Hong Dongkyun : En tant que guitariste, je pense que j’ai progressé. Et February contient des techniques et des idées que je n’avais encore jamais mis en pratique avant. Mais elle n’est pas ma favorite, ça reste Black Star pour moi aussi.
Sim Jaehyun : Moi, c’est ma préférée de l’album, et si elle est aussi populaire, c’est sûrement grâce au message diffusé dans les paroles.Bang Joseph : February est vraiment spéciale à mes yeux parce que la mélodie est magnifique, mais surtout porteuse d’espoir. Et pourtant, les paroles expriment tout l’inverse.
Un quatrième album est-il prévu, ou pas tout de suite ?
Yoon Sunghyun : Notre prochaine sortie sera certainement un EP.
Hong Dongkyun : On ne sait pas encore exactement. Si on révèle ce qu’on prépare pour le moment, c’est comme si on faisait des promesses qu’on ne tiendra peut-être pas.
Sim Jaehyun : Je ne pense que ça sortira de sitôt, parce que nous sommes toujours dans une période inquiétante.
Vous souhaitez exprimer les émotions des gens à travers votre musique, mais est-elle aussi un moyen de libérer vos propres sentiments ?
Yoon Sunghyun : En réalité, presque tout ce que j’écris représente mes propres émotions. Il semblerait que l’exploitation d’un individu mène finalement à une certaines universalité.
Hong Dongkyun : D’habitude, je mets mes sentiments les plus profonds dans ma manière de jouer. Même si vous me demandez d’exprimer les émotions de quelqu’un d’autre, je vais finir par les interpréter comme si c’était les miennes. S’il y a bien quelque chose que j’arrive à comprendre parfaitement, c’est mon ressenti personnel, même si ça prend beaucoup d’énergie.Sim Jaehyun : Il est clair et net qu’on extériorise beaucoup quand on est sur scène.
Bang Joseph : Oui, j’essaie aussi de mon côté d’exprimer mes sentiments en jouant de la batterie, pour interpréter au mieux les émotions de la chanson.

Vous avez pris vos marques sur la scène musicale coréenne sans beaucoup de moyens, comment expliquez-vous cette réussite ?
Sim Jaehyun: Pour moi, c’est la musique elle-même qui donne ce genre de pouvoir.
Vous jouez majoritairement en Corée, et un petit peu dans le reste de l’Asie, y a-t-il d’autres pays que vous rêveriez de visiter pour des performances ?
Yoon Sunghyun: Rencontrer notre public avec la musique comme seul et unique langage, c’est ce qui me booste le plus. Donc n’importe quel endroit me convient.
Hong Dongkyun : J’avais prévu d’aller en Europe, et à Paris aussi, mais je n’ai finalement pas pu à cause du Covid-19 puisque mon vol a été annulé. Les autres membres du groupe auraient adoré aussi.
Sim Jaehyun : En ce moment, j’aimerais bien retourner à Taïwan ou au Japon, des endroits où on a l’habitude d’aller.
Bang Joseph : Il n’y a pas un pays en particulier où j’aimerais jouer, mais j’aimerais quand même avoir plus d’opportunités de concerts à l’étranger, à n’importe quel endroit où nous pourrions être invités.

Votre concert Fire Watch, dont le prochain a lieu ce mois-ci, est un concept de show où la scène est placée au centre de la salle, et où vous êtes entourés du public à 360°. Comment vous est venue cette idée au départ ?
Yoon Sunghyun : On avait planifié trois performances sur le thème de Capital Disease, sorti en 2016. La première consistait à ne montrer au public qu’un seul moyen d’expression, et la seconde avait pour but de développer une atmosphère où la communication avec les spectateurs est mise en avant. La dernière, Fire Watch, avait pour but de flouter toutes les barrières qui se dressent entre nous et le public.
Sim Jaehyun : Fire Watch est en fait une reproduction de nos répétitions, pour mettre en avant la synergie qu’on a avec nos fans, et le côté simpliste de nos concerts.
Bang Joseph : Aussi loin que je m’en souvienne, c’était une idée du leader Sunghyun qui nous a dit « Et si on faisait un concert qui donne l’impression aux gens qu’ils assistent à une de nos répétitions ? ».
Existe-t-il une configuration de salle un peu folle que vous aimeriez tester en live ?
Yoon Sunghyun : Une scène où les quatre membres du groupe disparaissent, et le public prend leur place.
Hong Dongkyun : Puisque qu’on est dans les suppositions, j’aimerais faire un concert en apesanteur. Mais n’est-ce pas réellement impossible à faire ?
Sim Jaehyun : J’ai entendu dire que nos fans adoreraient voir la scène se retourner à la seconde moitié du concert. On pourrait le faire lorsqu’on joue The Taste of Pomegranate pendant notre concert Fire Watch.
Bang Joseph : Une fois, je me suis dit que ce serait cool de jouer sur une scène qui pivote sur elle-même pendant toute la durée du show.
Vous partagez beaucoup de vos performances live sur votre chaîne YouTube, quelle est la chanson que vous préférez faire ?
Yoon Sunghyun : Presque toutes nos chansons du troisième album.
Hong Dongkyun : J’adore faire Romanesque en live. Nos autres chansons me demandent beaucoup de concentration, alors je n’ai pas vraiment le temps d’en profiter sur scène.
Sim Jaehyun : Pour moi, c’est The Taste of Pomegranate. Je suis heureux d’être sur scène, en parfaite immersion, grâce à une série de hauts et de bas, et de longs souffles.
Bang Joseph : J’aime faire toutes nos chansons en live.
Avez-vous des projets pour le reste de l’année 2020 ? Ou même pour 2021 ?
Yoon Sunghyun : La préparation de notre prochain album.
Hong Dongkyun : Est-ce qu’on ne préparerait pas une nouvelle sortie musicale ?
Sim Jaehyun : On ne peut pas en dire grand-chose pour le moment, mais j’espère qu’on pourra dévoiler de nouveaux morceaux aussi tôt que possible.
Un dernier mot pour les lecteurs de K! World ?
Yoon Sunghyun : Si cette interview vous a plu, écoutez notre musique s’il vous plaît. Un jour, j’aimerais pouvoir vous rencontrer lors d’une performance. Merci.
Hong Dongkyun : J’aimerais que la crise du Covid-19 se termine rapidement pour vous rencontrer en live.
Sim Jaehyun : S’il vous plaît, continuez de vous intéresser à THORNAPPLE et à la scène musicale indépendante de Corée. Merci.
Bang Joseph : Bonjour chers lecteurs du magazine K! World. Restez en bonne santé pour la fin de l’année 2020, et intéressez-vous à THORNAPPLE. Merci.

Crédits photo 📸 Happy Robot Records